Traversée Île Maurice – La Réunion en Kitesurf

Record battu pour Bloodi Marchal: Maurice -La Réunion en kitesurf

Didier Marchal a touché son Graal. « Bloodi » a réussi son pari de rallier Maurice à la Réunion, à Sainte-Rose, en 6h30. « Oh le record ? Je m’en fous ! » Et oui, l’essentiel est bien ailleurs. Les 7h14 » de Sébastien Coupy appartiennent à l’histoire, les records établis en funboard sont aussi renvoyés aux oubliettes, mais Bloodi n’accorde pas plus d’attention que cela à ces quelques chiffres. L’épicurien dresse trois doigts comme sa troisième, et dernière, tentative réussie. À 49 piges, il savoure son bonheur, et celui des siens. « J’espère cette fois-ci que c’est bien la dernière ! », lâche son papa ému et pour qui les dernières minutes de la traversée ont été très longues. Bloodi ne luttait pas vraiment contre le chrono. Son temps qui doit être validé par un commissaire fédéral de la Ligue de vol libre sera, un jour ou l’autre battu. D’ailleurs, toute la traversée entre le Morne et le port de Sainte-Rose s’est déroulée dans des vents trop légers pour que la référence soit gravée advitam dans le marbre. Bloodi, au moment de débriefer, pestait d’ailleurs contre Eole qui ne l’a pas franchement gâté. Si les vents n’ont jamais atteint les quinze nœuds espérés, la mer était de toute beauté. Heureusement car ses mains ornées de magnifiques poulettes à vif attestent d’une belle bataille qu’il a livré avec ses lignes afin que son aile le propulse vers sa quête. « Je n’ai pas trop eu le temps de méditer sur ma condition, j’étais tout le temps sur le qui-vive ». Il a tout de même apprécié ce départ accompagné de kitesurfeurs mauriciens. Joyeux présage, après une première tentative avortée mercredi, les baleines sont venues lui faire un petit coucou pour l’encourager. Puis Bloodi a filé alors que son bateau suiveur gardait un œil bienveillant sur ce joyeux drille. Il a adoré, il a terminé et c’était un homme tout juste apaisé qui, a festoyé avec les siens. « C’est bien cela l’essentiel, c’est eux. C’est tout ceux qui ont bien voulu partager cette expérience. Merci à tous ». Merci à toi, Bloodi le hardi.

Comment qualifiez-vous cette troisième (les deux premières en planche à voile) traversée réussie ?

Didier Marchal : « Incroyable ! Je suis parti comme un boulet, mais j’ai rapidement ressenti des douleurs à ma jambe arrière. Elles ne m’ont pas quittées jusqu’à cet heureux dénouement. Ça me brûlait, mais ce n’est pas grave. J’ai reçu un magnifique cadeau de la nature… (les larmes lui viennent) C’est le vent, la mer, la grande bleue… C’est magistral.

Justement, avez-vous touché le vent que vous souhaitiez ?

Pas le moins du monde. J’ai dû batailler avec l’aile durant les trois quarts de la traversée (il montre ses mains meurtries). Il manquait encore deux mètres carrés (il a acheté en urgence à Maurice une aile de 14 m2). De plus, je ne connaissais pas cette aile. C’était un peu galère, mais c’est passé.

Vous ne pouviez pas attendre une prochaine fenêtre météo plus favorable ?

Franchement, non. C’était la dernière possibilité de l’année. J’ai déjà eu la chance de tomber sur des propriétaires de bateau formidables, très compréhensibles qui nous ont vraiment accompagnés dans la réussite de ce projet. Regardez, ils repartent pour Maurice dans quelques minutes. C’était une belle rencontre. Et puis, c’était aujourd’hui en kite ou par avion, ce qui est quand même beaucoup moins fun. Mais plus rapide ! Sérieusement, cela fait un an que nous travaillons sur ce projet. Je ne suis pas tout seul. Il n’était pas de question de lâcher le morceau.

Vous êtes satisfait de votre chrono ? Le temps ?

J’ai mis moins de sept heures. C’est bien.

Vous établissez une nouvelle marque ?

Oh le record ? Je m’en fous ! L’essentiel n’est pas là. Vraiment pas. J’apprécierais peut-être plus tard. Mais à l’instant, c’est le partage avec ma famille, mes proches, qui m’importe. On est heureux, ça me rend heureux. J’ai fait du bon kite, de la bonne glisse. Le bateau était au loin, j’étais seul et bien.

Vous avez eu des moments de doute ?

Au début surtout. Quand j’ai vu les conditions vraiment légères, je me suis dit que c’était foutu. Et puis, je me suis botté les fesses. Ti lamp ti lamp, je suis là à Sainte-Rose et ce soir, ce sera rougail saucisses avec les amis.

Vous avez fait quelques rencontres ?

Au départ, baleines et baleineaux. C’était cadeau ! Là, j’ai dit vas-y Blood, lâche les chevaux.

Qu’est-ce cette troisième traversée a de différente des autres ?

Le jouet ! Le kite, c’est le top. Whaooo ! Quand ça glisse, ce sont des sensations incroyables, surtout en pleine mer.

En 6 h 30, vous avez eu le temps d’en profiter ?

Vous avez aussi eu des moments de galère ? Au bout de la troisième heure, je me suis senti comme dans une bulle. Je planais, j’étais ailleurs. Ça a dû durer trois quarts d’heure, pas plus. Le reste du temps, c’était du boulot. Je me demandais si j’allais vraiment y parvenir. Je faisais attention à tout, je me suis mis la pression. Pourquoi ? Parce que c’est le travail d’une année complète. À un moment, à huit kilomètres de l’arrivée, je vois la Réunion et, là, le vent chute complètement. Je me dis + put…, c’est pas possible+. Et cadeau de la nature, c’est reparti.

Votre papa a demandé à ce que celle-ci soit la dernière. La prochaine, c’est pour quand ?

C’est bon, je laisse ma place aux autres. Je serai très heureux de les accompagner dans leur projet. Et je serai très heureux aussi que ce record tombe.

Même si un défi de kite se lance à plusieurs ?

Je vais avoir 50 balais ! C’est bon. J’y ai pensé, mais c’est trop chaud à plusieurs. À un moment, dans la grande bleue, j’étais sans le moindre repères. J’étais paumé. Ce n’est pas un truc anodin. C’est un truc de fou. Vous aviez déclaré que c’était beau et complètement inutile. Avez-vous trouvé une utilité, une finalité à cette aventure ? Je me suis posé la question durant la traversée, et je n’ai pas la réponse. L’utilité, c’est de se dire » plus fort la vie ». J’ai emmené des gens dans mon rêve, c’est déjà bien. Mais ce n’est pas utile, c’est juste beau, très beau.

*article paru sur clicanoo

Stéphane Catherine

au départ

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